Le Nouveau Poutès : innovations technologiques et respect de la biodiversité

Le groupe EDF s’est vu attribuer par le gouvernement le 22 juillet dernier, le renouvellement de la concession hydraulique de Monistrol-d’Allier en Auvergne, qui produira bientôt l’équivalent de la consommation domestique de 26.000 habitants et dont le nouveau Poutès constituera l’ouvrage majeur. Un barrage dont la rénovation longtemps contestée, devrait finalement débuter à la fin de l’année 2016 suite à l’aval de l’ensemble des parties prenantes et des associations écologistes. 
La concession en question valable pour les 50 prochaines années, est composée de trois barrages : Saint-Préjet et Pouzas sur l’Ance du sud ainsi que Poutès sur l’Allier, qui permettent d’alimenter en eau la centrale hydroélectrique située à Monistrol-d’Allier. Ce renouvellement de concession marque une étape importante dans le projet « Nouveau Poutès », qui vise à reconfigurer en profondeur cet aménagement et pour lequel le groupe EDF entend investir plus de 20 millions d’euros sur une période de trois ans.
Destiné à renouveler le barrage de Poutès en service depuis 1941, ce projet faisait débat depuis plus d’une vingtaine d’années. Les industriels et élus locaux favorables au maintien du barrage pour des raisons économiques, se heurtaient trop souvent aux écologistes réclamant un démantèlement complet. Au cœur du débat pour les écologistes, le saumon de l’Allier dont le barrage de Poutès empêcherait le transit. Rejoignant la Norvège ou le Groenland, ce saumon de l’Atlantique est un des derniers véritables poissons migrateurs en Europe (en tous cas sur de telles distances) et sa population aurait chuté de 90% dans le Loire-Allier au cours de la seconde moitié du 20ème siècle.
Des oppositions qui semblent bien loin désormais. Le projet de consensus établit en 2011 sur la base d’un cahier des charges respectant les trois conditions indispensables à savoir, la libre circulation des poissons, le transport naturel des sédiments de la rivière et le maintien d’un maximum de production d’énergie renouvelable, à récolter une adhésion générale de la part de groupe EDF, de l’Etat, des élus ainsi que des organisations de protection de l’environnement.
Le Nouveau Poutès facilitera donc la circulation des poissons migrateurs et des sédiments (sables, graviers, galets) tout en garantissant la performance de l’activité hydraulique en adéquation avec les enjeux du territoire. Avec une retenue d’eau de 300 mètres (contre 3,5 km actuellement), il favorisera de manière significative la renaissance de la rivière.
Comme l’affirme sur ce point Sylvain Lecuna, chef du projet Poutès chez EDF, « il n’y aura presque plus de retenue. La rivière reviendra à son lit naturel, comme avant 1942 », et redeviendra alors « un habitat favorable aux espèces emblématiques de la vallée ». Assurant une meilleure circulation par un système de « clapets inversés », le Nouveau Poutès présentera « la capacité de s’effacer en crue pour être transparent vis-à-vis des sédiments ». Enfin, il permettra de conserver 85 % de la production, ce qui en fera toujours » la plus grosse énergie renouvelable de Haute-Loire ».
Ce projet industriel « ambitieux et sans équivalent dans le monde », selon EDF, sera « une référence d’hydroélectricité co-construite ». Après échange avec le comité de pilotage Poutès qui rassemble l’ensemble des parties prenantes sous l’égide du Préfet de Haute-Loire, un dossier d’exécution sera déposé d’ici la fin de l’année et présentera notamment les modes opératoires de chaque phase des travaux.