Algérie : Le peuple ne veut pas qu’Abdelkader Bensalah assure la transition

Portrait d'Abdelkader Bensalah

Après la démission du président Abdelaziz Bouteflika, le mardi 2 avril, le peuple algérien veut maintenant faire une petite entorse à la Constitution pour finir en beauté sa « révolution ». A la place du président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, dauphin constitutionnel du Chef de l’Etat, la rue souhaite voir une autre personnalité plus consensuelle, plus neutre.

L’Algérie a tourné la page Abdelaziz Bouteflika ce mardi 2 avril 2019. Le Chef de l’Etat, au pouvoir depuis 1999, a annoncé sa démission avec effet immédiat. Un départ qui ouvre sur une transition d’au moins trois mois. Et selon la Constitution algérienne, c’est Abdelkader Bensalah, le président du Conseil de la nation, l’équivalent du Sénat, qui doit assurer l’intérim.

Non, pas Abdelkader Bensalah

Si le respect de la Loi fondamentale est la norme suprême, le peuple algérien veut cette fois lui faire une petite entorse. Et pour cause, le président par intérim ne serait pas le bon choix. En effet, Abdelkader Bensalah, âgé de 77 ans, est perçu comme une personnalité honnie et un symbole du régime, en phase d’effritement. La contestation populaire rejette donc catégoriquement son intérim. Elle voudrait du sang neuf, une nouvelle personnalité sinon aux antipodes du pouvoir actuel du moins très neutre et consensuelle. La rue pourrait bien obtenir gain de cause car juste avant la démission du président Abdelaziz Bouteflika, des sources évoquaient la possibilité qu’une autre figure politique prenne la tête du Conseil de la nation.

« On n’en peut plus avec le système actuel »

En tout cas, pour Chafaa Bouaiche, député du parti d’opposition FFS, les choses sont claires : « On n’en peut plus avec le système actuel, avec la fraude électorale, avec tous les trafics, avec les verrouillages des champs d’expression et espaces d’expression, on ne peut pas organiser une élection présidentielle dans trois mois. Si on organise une élection présidentielle dans trois mois, on va arriver au même résultat qui a fait que Bouteflika en 1999 a été imposé à l’armée. Il faut qu’il y ait un dialogue. Les Algériens revendiquent une période de transition qui soit gérée par des personnalités, des partis politiques autonomes, des personnalités de la société civile et des gens choisis par le peuple algérien et non pas imposés comme d’habitude par le pouvoir. ».

Prendre le temps d’organiser de nouvelles élections

Mieux encore, les manifestants appellent à dissoudre le Conseil de la nation, l’Assemblée des représentants du peuple et le gouvernement. Le seul moyen pour eux de s’assurer que le pouvoir ne continue pas d’exister. A la place de ces institutions jugées trop suspectes, les protestataires demandent la mise en place d’un Conseil constitutionnel indépendant ou une Assemblée constituante. L’un ou l’autre conduira la période transitoire et organisera les élections, mais pas dans un délai de trois mois. Car il faudrait d’abord prendre le temps de réviser la loi électorale et le fichier électoral afin que les élections soient vraiment justes et transparentes.