Pour la première fois depuis des décennies, l’Organisation des Nations unies se retrouve sans réserves financières pour assurer ses opérations courantes. Une menace pour sa capacité à remplir ses missions essentielles à travers le monde.
« La situation actuelle est catégoriquement différente. La trajectoire actuelle est insoutenable« . Dans une lettre adressée cette semaine aux 193 États membres par l’intermédiaire de leurs représentants, le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, tire la sonnette d’alarme face à l’assèchement préoccupant des ressources de l’institution.
L’organisation multilatérale, pilier du système international depuis 1945, se retrouve désormais dans l’incapacité d’honorer ses dépenses courantes — du versement des salaires à ses employés au règlement des prestations de ses fournisseurs —, tant au siège new-yorkais que dans ses multiples missions à travers le globe.
À l’origine de cette impasse, que Guterres décrit comme un « effondrement financier imminent » pour l’ONU, figurent les engagements non tenus de nombreux États membres concernant leurs cotisations.
Comme l’explique The Washington Post, la contribution de chaque pays est calculée selon une formule intégrant le revenu national brut, la population et le niveau d’endettement, débouchant sur une quote-part exprimée en pourcentage du budget global.
Washington, premier débiteur d’un système fragilisé
Pour 2026, les États-Unis, première économie mondiale, doivent verser 22% du budget ordinaire de 3,45 milliards de dollars, soit environ 759 millions de dollars. La Chine suit avec 20%, tandis que les pays moins développés acquittent des quotes-parts beaucoup plus faibles.
Problème : Washington accumule environ 2,2 milliards de dollars d’arriérés, dont 827 millions au titre de 2024, jamais réglés. Cette dette croissante reflète le désengagement américain amorcé sous Donald Trump.
Le président américain, qui vient de lancer le Board of Peace présenté par certains comme une alternative à l’ONU, multiplie les attaques contre l’organisation. Début janvier, il a signé un décret actant le retrait des États-Unis de 66 entités internationales, dont près de la moitié relèvent du système onusien.
À l’inverse de Washington, la Chine est à jour de ses paiements jusqu’au début de cette année. D’autres pays accusent aussi des retards, à l’instar du Venezuela, deuxième gros débiteur avec 38 millions de dollars d’arriérés.
Un « cycle kafkaïen »
L’ONU se trouve piégée dans une mécanique paradoxale qui accentue encore ses difficultés. Ses règles internes imposent en effet de restituer aux États membres tout reliquat budgétaire non utilisé en fin d’exercice, même lorsque ces pays n’ont pas honoré leurs paiements.
« Nous subissons un double coup : d’un côté, des contributions impayées ; et de l’autre, une obligation de restituer des fonds qui n’ont jamais été reçus en premier lieu. En d’autres termes, nous sommes pris dans un cycle kafkaïen ; censés restituer de l’argent qui n’existe pas« , écrit Antonio Guterres, qui appelle à réformer ce système.
Une gageure alors que toute révision des règles financières ou des questions budgétaires de l’ONU nécessite un vote de l’ensemble de l’Assemblée générale.
Or dans cette instance aux intérêts divergents, trouver un consensus relève souvent du parcours du combattant. Les processus décisionnels sont notoirement lents, et les réformes substantielles peuvent prendre des années avant d’être adoptées et mises en œuvre.
