Pilonnée quotidiennement par des drones et des missiles iraniens, la cité-État qui incarnait le rêve d’une prospérité sans limites traverse la crise la plus grave de son histoire, entre des touristes en fuite, l’immobilier à l’arrêt et des expatriés tétanisés.
« Jamais je n’aurais pensé qu’on puisse être attaqué ici ». Interrogé par France Télévisions dans un reportage diffusé le 12 mars, Pierre-Henri Dufier, un Français installé à Dubaï depuis trois ans, peine à croire ce qu’il voit : des avions de chasse frôler son immeuble.
Son témoignage illustre avec une crudité quasi documentaire le quotidien des quelque 60 000 ressortissants français vivant aux Émirats arabes unis depuis le début des offensives américano-israéliennes contre l’Iran, qui n’a pas manqué de riposter.
Conséquence : l’immeuble de Dufier s’est vidé à 95%. La plupart des résidents, des expatriés comme lui, ont quitté les lieux. La question — rester ou partir — s’impose désormais à tous, dans un contexte d’urgence et parfois de panique.
Et pour cause, depuis la fin février, plus de 1 700 drones et missiles ont été lancés depuis l’Iran vers les Émirats. Si la majorité a été interceptée par les systèmes de défense antiaérienne, plusieurs engins ont frappé des bâtiments, des hôtels de luxe et même l’aéroport.
Une économie saignée à blanc, un modèle sous pression
Le bilan humain, pour l’heure, est de six morts et une centaine de blessés sur l’ensemble des sept Émirats, dont un mort à Dubaï, d’après France Télévision. Si ce chiffre reste relativement contenu au regard de l’intensité des attaques, l’impact sur l’image du petit émirat est considérable.
Le succès fulgurant de Dubaï repose sur un triple engagement : sécurité, économie et attractivité. Ces piliers ont fait de la cité un carrefour international où les populations du monde arabe et d’ailleurs pouvaient, selon Le Monde, « mettre de côté leurs différends pour se concentrer sur le business ».
D’après Bloomberg, qui cite le Boston Consulting Group, les actifs étrangers déclarés aux Émirats atteignaient environ 700 milliards de dollars en 2024.
Les autorités à l’offensive sur la communication
Face à la tentation croissante de départs parmi les expatriés, les autorités locales s’efforcent d’enrayer l’exode. Depuis plusieurs jours, des influenceurs basés dans la métropole partagent sur les réseaux sociaux des messages rassurants affirmant que « tout est sous contrôle ».
Un plan de communication de crise a été déclenché avec une efficacité redoutable. Pour prévenir toute diffusion de récits alarmistes, des avertissements répétés menacent d’une amende de 200 000 dirhams — environ 50 000 euros — toute personne publiant du contenu susceptible de « semer la panique ».
Des reporters du Monde sur place ont confirmé l’arrestation de plusieurs individus ayant filmé et partagé des images des dégâts. Selon l’ONG Detained in Dubai, 21 personnes ont été inculpées à ce jour.
Le président Mohamed Ben Zayed a également été mis en avant dans une vidéo où on le voit déambuler dans un centre commercial de Dubaï dans une vidéo publiée le 2 mars, deux jours après les premières frappes américano-israéliennes contre l’Iran.
