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Le Sud global, principale victime collatérale du conflit iranien

Le Programme des Nations Unies pour le développement alerte sur les conséquences déjà dévastatrices de cette crise, dont les premiers effets frappent durement les populations les plus vulnérables.

À l’heure où le Fonds monétaire international revoit à la baisse ses prévisions de croissance mondiale et évoque un risque de récession dans le sillage de la guerre en Iran, les populations des pays les plus pauvres en subissent déjà les conséquences les plus lourdes.

Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), plus de 32 millions de personnes sont d’ores et déjà menacées par la pauvreté, sous l’effet conjugué d’un triple choc, dont la perturbation des approvisionnements énergétiques, la flambée des prix alimentaires et le ralentissement de la croissance mondiale.

La situation apparaît d’autant plus préoccupante que ces estimations reposent sur l’hypothèse d’un conflit de courte durée.

« Nous n’avons pas voulu jouer les Cassandre », souligne sur France 24 Alexander De Croo, administrateur du PNUD, tout en laissant entendre que le tableau pourrait s’assombrir nettement si la guerre se prolongeait au-delà de l’année en cours.

« La guerre, c’est le développement à rebours »

Pour l’ancien Premier ministre belge, le danger est de voir des décennies de progrès — recul significatif de la pauvreté, baisse de la mortalité infantile, amélioration des indicateurs de développement humain — réduites à néant.

La guerre, souligne-t-il, c’est le développement à rebours. Au-delà des 32 millions de personnes menacées de pauvreté, près de 45 millions supplémentaires pourraient basculer dans une insécurité alimentaire aiguë.

Une perspective que De Croo qualifie de « dramatique », et qui nourrit d’autres risques, dont l’intensification des flux migratoires, la montée des tensions sociales, voire l’émergence de nouveaux foyers de conflits liés aux pénuries de denrées alimentaires.

Face à cette menace, l’organisation onusienne préconise le transfert monétaire ciblé. Autrement dit, des aides directes, temporaires, destinées aux ménages les plus vulnérables dans les pays fortement dépendants des importations d’hydrocarbures et disposant de peu de marges budgétaires.

La transition énergétique, seule sortie structurelle

Ce mécanisme, largement expérimenté durant la pandémie de Covid-19, a fait ses preuves en termes d’efficacité et de précision. Le second levier consiste à subventionner partiellement les prix de l’énergie ou à créer des forfaits énergétiques à tarif réduit, à condition, là encore, que l’intervention soit ciblée et temporaire.

Au-delà de la gestion de crise immédiate, Alexander De Croo plaide pour une réponse structurelle à plus long terme à travers l’accélération de la transition énergétique. Le patron du PNUD souligne que la combinaison énergie solaire et stockage par batterie est désormais, dans de nombreuses régions du monde, moins chère que les énergies fossiles.

Investir dans cette transition représente donc – au-delà de l’impératif écologique ou humanitaire – un choix économiquement rationnel pour les entreprises et les États, qui réduiraient ainsi leur dépendance aux marchés pétroliers et leur exposition aux chocs géopolitiques.

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