L’administration Trump refuse de reconduire l’accord commercial qui régit les échanges entre les États-Unis, le Canada et le Mexique. De quoi faire planer une nouvelle zone de turbulences sur les relations économiques nord-américaines.
C’est un jour de fête nationale dont le Canada se souviendra longtemps. Mercredi 1ᵉʳ juillet, les États-Unis ont annoncé, à l’issue d’une réunion virtuelle réunissant les représentants commerciaux de Washington, Mexico et Ottawa, leur intention de ne pas reconduire l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), également connu sous les acronymes CUSMA ou USMCA, dans sa forme actuelle.
« Les États-Unis n’ont pas accepté de renouveler l’Aceum sous sa forme actuelle. En conséquence, l’accord n’est pas renouvelé », a déclaré dans un communiqué le représentant de la Maison Blanche au commerce (USTR), Jamieson Greer, en charge des négociations.
Le texte précise toutefois que les échanges avec le Canada et le Mexique vont se poursuivre « afin de corriger les limites du cadre actuel et de réduire notre déficit commercial avec ces deux partenaires ».
Cette décision ne signifie pas la fin du traité. Elle enclenche en revanche un processus de révision annuelle, accompagné d’un délai de dix ans avant une éventuelle expiration.
Washington veut durcir les règles
Ce mécanisme, prévu par le traité lui-même, ouvre une phase de discussions prolongées entre les trois pays, sans garantie d’issue rapide.
Le Canada et le Mexique s’étaient prononcés en faveur d’une reconduction, contrairement au président Donald Trump, qui critique régulièrement ce texte bien qu’il l’ait signé lors de son premier mandat, allant jusqu’à le présenter à l’époque comme l’accord commercial « le plus équitable et équilibré jamais conclu ».
Interrogé sur les raisons de ce revirement, Stephen Vaughn, ancien représentant américain au commerce par intérim et conseiller juridique de l’USTR, explique que plusieurs différends se sont accumulés, incitant Washington à réclamer une mise à jour mieux alignée sur les réalités économiques actuelles.
Parmi les priorités américaines figurent la volonté d’empêcher la Chine d’utiliser le territoire canadien comme plateforme de réexportation vers le marché américain, un renforcement des règles d’origine dans l’automobile conditionnant les exemptions tarifaires, ainsi que des ajustements concernant les services numériques et l’accès au marché laitier canadien.
Ottawa prudent, Mexico en attente de clarifications
Stephen Vaughn estime que, malgré les tensions, aucun autre partenaire ne pourra offrir au Canada un accès aussi privilégié au marché américain, vers lequel il exporte près de 400 milliards de dollars de marchandises chaque année.
Il souligne également une approche différente entre les deux voisins de Washington, jugeant que le Mexique aborde les discussions avec davantage de pragmatisme que le Canada, au point qu’un accord bilatéral entre Washington et Mexico pourrait précéder toute entente avec Ottawa.
Côté canadien, Carlo Dade, directeur des politiques internationales à l’École de politique publique de l’Université de Calgary, appelle, selon CBC News, à relativiser les annonces américaines. Il rappelle que Donald Trump a l’habitude de négocier publiquement, à la manière d’un promoteur immobilier, et que ses déclarations doivent être interprétées avec prudence.
La secrétaire mexicaine à l’Économie a, de son côté, indiqué que Mexico n’était pas contraint par le calendrier, tout en soulignant que l’incertitude prolongée n’était pas souhaitable pour l’économie du pays.
