La formation de Marine Le Pen affirme se heurter à un mur bancaire dans le cadre du financement de sa campagne pour la présidentielle 2007. Le sujet, qui mêle droit électoral, calcul commercial et débat démocratique, relance l’idée d’une banque publique de la démocratie.
Alors qu’il est crédité d’environ 30% des intentions de vote en vue de la prochaine élection présidentielle, le Rassemblement national peine à obtenir un prêt bancaire pour financer sa campagne.
Interrogé il y a quelques mois, Jordan Bardella a confirmé que les démarches se poursuivaient. Il a rappelé que le RN avait été « pendant très longtemps le seul parti politique auquel les banques françaises ont refusé de prêter ».
Candidat à la mairie de Marseille lors des dernières élections municipales, le député RN des Bouches-du-Rhône Franck Allisio affirme avoir lui-même essuyé deux refus bancaires, sans justification formelle.
Sa campagne a finalement été financée par les apports de ses colistiers, des prêts entre particuliers et des dons. « On a eu des refus de la part de tous les principaux groupes bancaires français », a-t-il expliqué sur Europe 1, précisant que les établissements ne sont pas légalement tenus de motiver leur décision.
Un risque financier contesté, un risque commercial assumé
Les règles françaises de financement électoral expliquent en partie cette impasse. Les prêts accordés par des particuliers sont strictement encadrés, notamment en matière de montant et de durée, tandis que les candidats doivent recourir à des établissements de crédit ou à des sociétés de financement établis dans l’Union européenne pour obtenir des montants importants.
Marine Le Pen l’a rappelé sur X, soulignant que les refus bancaires peuvent devenir un obstacle direct à la participation électorale. Sans financement, il est ainsi difficile de mener une campagne à la hauteur de l’ambition présidentielle affichée par le parti.
L’un des arguments avancés par les banques tient au fait que l’État ne rembourse une part importante des dépenses de campagne qu’aux candidats ayant obtenu au moins 5% des suffrages exprimés.
Les précédents d’Anne Hidalgo et de Valérie Pécresse, toutes deux restées sous le seuil des 5% lors de la présidentielle de 2022, sont régulièrement invoqués. Cet argument paraît toutefois moins convaincant dans le cas d’un RN qui figure parmi les favoris du scrutin.
Le retour du débat sur une banque publique de la démocratie
Le principal frein se situerait par ailleurs dans le risque commercial, davantage que dans le risque de solvabilité. Selon des estimations internes évoquées par certains établissements et citées par le Revenu Média, accorder un prêt au parti d’extrême droite pourrait entraîner la perte d’une partie de leur clientèle.
Ce n’est donc pas tant la capacité du RN à rembourser qui inquiéterait les banques, que l’image que représenterait un tel soutien auprès du grand public. De quoi alimenter, au sein du parti, le discours dénonçant le pouvoir d’acteurs privés d’arbitrer, selon leurs intérêts commerciaux, l’accès au financement d’une campagne présidentielle.
Face à ce blocage, qui toucher d’autres candidats, l’idée d’une banque de la démocratie revient sur le devant de la scène. Cette structure publique entre-temps imaginée par l’ancien Premier ministre François Bayrou, aurait vocation à prêter à l’ensemble des formations politiques selon des conditions identiques, indépendamment de leur orientation idéologique.
En parallèle, l’État échange avec les banques afin d’identifier d’autres solutions, notamment la création d’un consortium réunissant plusieurs grands établissements pour répartir le risque. Matignon souhaite ainsi éviter, d’après Libération, que les campagnes électorales ne dépendent de réseaux financiers étrangers, dans un contexte de craintes croissantes liées aux ingérences.
