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L’Allemagne sonne la charge de la souveraineté européenne

Le ministre allemand des Finances, Lars Klingmann, plaide pour une Europe qui défend ses intérêts économiques face aux « changements de règles » imposés par d’autres puissances ».

L’Allemagne demeure la première puissance économique européenne et entend jouer un rôle moteur dans la défense des intérêts de l’Union face aux menaces multiples qui pèsent sur le continent.

Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, a ainsi présenté ce lundi 18 mai, en marge du sommet du G7 à Paris, une feuille de route visant à renforcer la résilience économique de l’Europe.

Pour le responsable allemand, il est temps pour l’Union de renforcer ses capacités face à des partenaires commerciaux qui « changent les règles ». Une référence à peine voilée à certains pays, notamment les États-Unis de Donald Trump, peu attachés au multilatéralisme.

« Je n’ai pas envie que nous soyons les perdants au final », a-t-il lancé, soulignant que dans un contexte dominé par le « chacun pour soi », l’Union européenne devait « réfléchir aux moyens de défendre ses intérêts ».

La question des terres rares au cœur des vulnérabilités européennes

Cela passe par l’identification des fragilités structurelles de l’Union, parmi lesquelles figure la dépendance aux terres rares chinoises. « Nous savons à quel point nous sommes dépendants », a-t-il reconnu, évoquant l’exemple récent du Japon, qui « a expérimenté ce que signifie une rupture d’approvisionnement en provenance de Chine ».

Lars Klingbeil appelle à agir sur trois leviers. D’abord, renforcer les achats stratégiques à l’échelle européenne afin de diversifier les sources d’approvisionnement. Ensuite, développer des capacités de production locales lorsque cela est possible.

Enfin, le ministre a proposé de « miser sur des quotas de recyclage en Europe », une piste qui permettrait de réduire la dépendance aux importations tout en consolidant l’économie circulaire du continent.

Il a également évoqué la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine et la dépendance passée au gaz russe. « Nous devons veiller à ne pas tomber dans une nouvelle dépendance, dans laquelle, pour être honnête, nous sommes déjà en partie », a-t-il averti.

L’offensive franco-allemande pour l’union des marchés de capitaux

« Nous avons tous les moyens d’agir et de changer la donne », a insisté le ministre, ajoutant avoir relayé ce message au sein du G7 avec un mot d’ordre clair : « Il faut commencer dès maintenant. »

Cette orientation allemande trouve un écho favorable à Paris. Lars Klingbeil s’est entretenu longuement avec le président Emmanuel Macron afin de consolider ce qu’il a qualifié d’« axe franco-allemand », qu’il juge essentiel pour faire progresser l’Europe dans le contexte actuel.

Le ministre a notamment salué le travail de son homologue français Roland Lescure, avec lequel il a lancé une initiative au format E6 visant à accélérer la mise en place de l’union des marchés de capitaux européens, un chantier en discussion depuis plusieurs années, mais désormais jugé prioritaire.

« Nous sommes d’accord sur l’importance de l’axe franco-allemand. Il ne s’agit pas d’agir contre les autres, mais lorsque nous nous entendons et prenons des initiatives — comme nous le faisons avec Roland Lescure au sein du cercle des ministres des Finances —, nous faisons avancer l’Europe », a confié Lars Klingbeil.

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