Le pays mise sur le nucléaire pour alléger, un tant soit peu, sa dépendance aux importations. Ce revirement intervient plus de trois décennies après une sortie tonitruante de cette source énergétique dans la foulée du traumatisme de Tchernobyl.
Un « jour historique ». Gilberto Pichetto Fratin, ministre italien de l’Énergie, n’aurait pu mieux qualifier le mercredi 23 septembre 2026. Et pour cause, cette date ouvre la voie à un retour du pays dans la production nucléaire.
Par 81 voix pour, 51 contre et 7 abstentions, le Sénat a définitivement avalisé ce projet porté par la Première ministre Giorgia Meloni, après une approbation similaire de la Chambre des députés en juin dernier.
Cela fait en effet 40 ans que l’Italie avait abandonné toute entreprise locale dans ce domaine énergétique. Un référendum massivement suivi avait acté la fermeture des dernières centrales alors en activité – Caorso et Trino Vercellese –, en novembre 1987, soit moins de deux ans après la catastrophe de Tchernobyl.
Les électeurs avaient de nouveau rejeté toute nouvelle construction en 2011, après Fukushima, par une majorité écrasante. Les temps semblent depuis avoir changé, du moins chez les gouvernants.
Une question de pragmatisme
Le Parlement avait ainsi exhorté le gouvernement à reconsidérer l’énergie nucléaire avant ce dernier vote, en raison notamment des tensions énergétiques croissantes pesant sur le pays. Car si l’Italie ne produit plus d’électricité nucléaire, elle en dépend fortement à travers des importations françaises, estimées à environ 17,8 TWh en 2025.
Selon Gilberto Pichetto Fratin, la part de l’énergie nucléaire importée représente entre 15,9 % et 16,1 % de la consommation électrique totale. À l’approche des élections générales prévues l’année prochaine, la question de l’accessibilité du coût de l’électricité dans un contexte inflationniste est devenue éminemment politique pour le gouvernement de Meloni.
« Le nucléaire n’est pas un retour au passé. Intégré aux énergies renouvelables, c’est une technologie gagnante, qui peut donner des résultats extraordinaires pour notre sécurité énergétique », a insisté le ministre de l’Énergie, cité par Associated Press (AP).
Une vraie-fausse solution ?
Le projet de loi voté confère à l’exécutif l’autorité de rédiger les règles. Ce mandat comprend la création d’un programme national pour un nucléaire durable et l’instauration d’une autorité de sûreté nucléaire indépendante.
Il inclut aussi un renforcement de la recherche scientifique et industrielle, de nouvelles compétences, ainsi que des campagnes d’information publique. Ce dernier volet est d’autant plus important que, comme le rapporte AP, la génération née après Tchernobyl continue d’associer le nucléaire à l’accident.
Reste que beaucoup de chemin est encore à parcourir pour que l’Italie regagne le cercle des producteurs de nucléaire. La question des déchets radioactifs cristallise les tensions au sein des communautés, alors que le pays ne dispose toujours pas de site dédié.
« Le nucléaire ne résout aucun des nombreux problèmes auxquels l’Italie est actuellement confrontée, en pleine deuxième crise énergétique en quatre ans », estiment par ailleurs Greenpeace Italie, WWF Italia, le Kyoto Club et Legambiente, cités par AP.
