Le nucléaire saoudien, ou le risque d’un effet domino
31/07/2026L’accord nucléaire conclu entre Washington et Riyad suscite des inquiétudes quant à une possible montée des ambitions militaires au Moyen-Orient, en dépit de son caractère officiellement civil, selon les deux parties.
Les États-Unis ont signé, mercredi 22 juillet 2026, un accord historique autorisant l’Arabie saoudite à développer un programme nucléaire civil.
Le texte prévoit que le royaume pourra construire au moins deux réacteurs, probablement davantage, sur une période de trente ans, l’essentiel des contrats devant revenir à des entreprises américaines, au premier rang desquelles Westinghouse.
L’objectif, selon le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright, cité par The Guardian, est de répondre aux « besoins énergétiques » de Riyad. Le pétrole, principale ressource du pays, pourrait ainsi être davantage orienté vers l’exportation.
Cet accord, conclu alors même que l’administration Trump s’efforce d’empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire, peut apparaître contradictoire. Il n’en est toutefois rien. « Ce dossier se prépare depuis plus de dix ans », souligne David Sanger, correspondant spécialisé du New York Times, cité dans le podcast The Daily du 23 juillet.
Une zone grise sur l’enrichissement
Le journaliste rappelle que l’administration Biden souhaitait initialement intégrer ce projet dans un accord plus large incluant une reconnaissance d’Israël par Riyad, tandis que l’administration Trump l’a abordé « davantage comme un accord commercial ».
Le texte ouvre en effet la voie à l’exportation de technologies américaines tout en renforçant l’ancrage d’un allié dans l’écosystème énergétique des États-Unis. Il laisse cependant en suspens une question centrale : celle de la production du combustible nucléaire saoudien.
Sanger souligne qu’aucune disposition n’interdit explicitement à Riyad d’enrichir son propre uranium ; la question est simplement renvoyée à un comité chargé d’évaluer la pertinence économique d’une telle capacité domestique.
Or, un uranium enrichi à 3%, suffisant pour la production d’électricité, devient utilisable à des fins militaires au-delà de 90%, un seuil que les mêmes infrastructures pourraient, en théorie, atteindre dans un cadre non déclaré.
Le spectre d’une course régionale à l’arme nucléaire
Cette ambiguïté tranche avec le « gold standard » établi en 2009 par les Émirats arabes unis, qui avaient accepté de renoncer à l’enrichissement domestique et de se soumettre à des inspections internationales particulièrement strictes. L’Arabie saoudite, en revanche, s’est toujours montrée plus réticente sur ces deux aspects, dès les premières discussions engagées sous le premier mandat de Donald Trump.
Selon Frank Gardner, correspondant sécurité de la BBC depuis 2002, le principal risque n’est pas tant que Riyad cherche à développer lui-même une arme nucléaire — d’autant qu’il pourrait, en théorie, s’en procurer plus aisément auprès du Pakistan, avec lequel il entretient des liens étroits — mais que l’existence même d’un programme d’enrichissement déclenche une dynamique régionale.
L’Égypte et la Turquie, déjà dotées de programmes nucléaires civils, pourraient percevoir cette évolution comme une menace. D’autant que l’accord conclu avec les Émirats contient une clause de « nation la plus favorisée », permettant à Abou Dhabi d’exiger des conditions équivalentes à celles accordées ultérieurement à d’autres pays de la région.
Autrement dit, si l’Arabie saoudite obtient finalement le droit d’enrichir son propre uranium, les Émirats pourraient à leur tour revendiquer ce même privilège.

