Anthropic distance OpenAI dans la course aux profits
20/11/2025Des documents financiers récemment consultés par le Wall Street Journal mettent en lumière le contraste entre les stratégies des deux géants de l’intelligence artificielle pour s’imposer sur le marché, l’un misant sur la prudence, l’autre sur une expansion plus offensive.
S’il reste hasardeux, à ce stade, de désigner le futur vainqueur de la course à l’intelligence artificielle, souvent présentée comme la nouvelle poule aux œufs d’or du secteur technologique, la trajectoire suivie par les principaux protagonistes laisse déjà entrevoir quelques signaux.
Ainsi, dans le face-à-face OpenAI et Anthropic, ce dernier semble pour l’instant disposer d’une légère avance pour tirer son épingle du jeu. D’après le Wall Street Journal, qui s’appuie sur les données financières internes des deux sociétés, l’entreprise fondée par l’ancien d’OpenAI, Dario Amodei, pourrait atteindre le seuil de rentabilité dès 2028.
Cette échéance représenterait un avantage de deux ans sur les projections d’OpenAI, dont le retour aux bénéfices n’est attendu qu’en 2030. Ce décalage met en lumière une réalité essentielle : l’IA ne repose pas sur un schéma économique uniforme, mais sur une mosaïque de modèles et de stratégies imbriqués.
OpenAI : la logique du tout pour gagner
Dans cette dynamique, OpenAI, créée en 2015 sous forme d’organisation à but non lucratif, mise sur la taille critique, l’accélération et l’effet de premier entrant. Le groupe dirigé par Sam Altman vise environ 13 milliards de dollars de chiffre d’affaires cette année, au prix de dépenses opératoires qui ne cessent de croître.
Près de 9 milliards de dollars seraient ainsi engloutis dans des coûts informatiques colossaux, des infrastructures de calcul de très haut niveau et des rémunérations élevées pour attirer et fidéliser les meilleurs profils, ce qui repousse d’autant l’horizon de la profitabilité.
D’ici-là, cela fait cinq années supplémentaires de déficit pour poursuivre le rêve de l’AGI (l’intelligence artificielle générale) perçu comme le saint Graal du secteur. Malgré cette situation financière tendue, OpenAI se prépare à une éventuelle entrée en Bourse, avec une valorisation cible pouvant atteindre le trillion de dollars, s’appuyant davantage sur la promesse d’une rupture technologique que sur des fondamentaux déjà stabilisés.
Anthropic : la prudence méthodique
Anthropic, de son côté, privilégie la résilience financière, l’amélioration progressive des marges et la fiabilité auprès de sa clientèle d’entreprises. L’approche est plus graduelle et mesurée, mais conçue pour soutenir une croissance durable plutôt que des paris spectaculaires à court terme.
Les projections internes montrent que la firme derrière le chatbot Claude brûlera environ 3 milliards de dollars pour 4,2 milliards de chiffre d’affaires cette année, soit un niveau de cash burn équivalant à environ 70% des revenus, comparable à OpenAI à ce stade.
Dès 2026, toutefois, sa consommation de trésorerie tomberait à environ un tiers du chiffre d’affaires, puis à 9% en 2027, dessinant une trajectoire de plus en plus efficiente qui prépare l’atteinte de la rentabilité.

