Venezuela : le mirage du nouvel eldorado pétrolier
10/01/2026Les déclarations tonitruantes du président américain Donald Trump sur la mainmise des États-Unis sur les ressources pétrolières vénézuéliennes, à la suite de l’enlèvement de Nicolás Maduro, se heurtent à des obstacles économiques, technologiques et géopolitiques qui entravent sérieusement la concrétisation de ses ambitions.
« Nous allons avoir nos très grandes compagnies pétrolières américaines, les plus puissantes du monde. » Depuis la chute du président Nicolás Maduro, Donald Trump et son administration multiplient les déclarations grandiloquentes sur le pétrole vénézuélien, dont l’exploitation par les États-Unis ne fait désormais plus mystère.
« Nous sommes presque certains qu’un intérêt considérable va se manifester », affirmait, le dimanche 4 janvier 2026, le secrétaire d’État américain Marco Rubio, lors d’une interview sur ABC. L’avidité américaine pour l’or noir de Caracas s’explique par le gigantesque potentiel du pays.
Membre fondateur de l’OPEP, le Venezuela détient les plus vastes réserves prouvées au monde, avec 303 milliards de barils, soit environ 17 % des ressources planétaires. Mais derrière ces chiffres colossaux se dissimule une réalité bien plus nuancée que ne le laissent entendre les discours venus de Washington.
Un brut extralourd, coûteux et climaticide
Contrairement au pétrole léger américain issu du schiste ou au brut saoudien, le pétrole de la ceinture de l’Orénoque est lourd, visqueux et nécessite un traitement spécial.
Il s’agit d’un des bruts « les plus sales au monde à produire en termes de réchauffement climatique« , selon Paasha Mahdavi, professeur associé de sciences politiques à l’Université de Californie à Santa Barbara, cité par Time magazine.
L’extraction et le raffinage de ce pétrole extra-lourd nécessitent ainsi des raffineries spécialisées avec des équipements de traitement particuliers. Si les raffineries de la côte du Golfe du Mexique aux États-Unis ont été historiquement optimisées pour ce type de brut grâce à la relation de longue date entre les deux pays, cela représente un avantage limité face aux multiples inconvénients.
Le tableau n’est pas meilleur sur le plan de la logistique. Car si la production pétrolière vénézuélienne a connu un boom spectaculaire, notamment avec une production estimée à 3,5 millions de barils par jour dans les années 1970, la tendance s’est depuis inversée.
Sanctions, infrastructures ravagées : le mur du réel
Aujourd’hui, la production stagne autour de 800 000 à 1,1 million de barils par jour, soit une chute de plus de 70%. La conséquence de décennies de sous-investissement, de mauvaise gestion et de corruption, entre autres.
Ces faiblesses, combinées aux sanctions américaines, ont provoqué la fuite de la plupart des grandes compagnies internationales. De fait, seule Chevron a maintenu une présence continue sur place, grâce à des exemptions spéciales accordées par Washington, avec près de 3 000 employés encore actifs.
Les estimations du coût de la remise à niveau donnent le vertige.Lla banque Natixis évoque entre 60 et 70 milliards de dollars pour remonter la production au-delà de 2 millions de barils par jour, tandis que certains experts parlent de 10 milliards de dollars d’investissements annuels pendant une décennie.
Même dans un scénario idéal de transition ordonnée, les analystes ne voient qu’un gain de 500 000 barils par jour sur trois à cinq ans, loin du choc d’offre susceptible de bouleverser durablement le marché mondial.

