Brésil : Lula veut centraliser la lutte contre le crime organisé
20/05/2026Le président brésilien promet d’intensifier la lutte contre les factions criminelles, les milices et le trafic d’armes via un dispositif quadripartite de près de deux milliards d’euros. L’initiative intervient alors que la sécurité publique s’impose comme l’un des principales fragilités du chef d’État dans les sondages préélectoraux.
Le gouvernement fédéral brésilien a officiellement lancé, le 12 mai dernier, son plan national de lutte contre le crime organisé, promettant d’y consacrer 11 milliards de reais, soit environ 1,9 milliard d’euros.
Baptisé « Brasil contra o crime organizado » (« Brésil contre le crime organisé »), ce programme s’articule autour de quatre axes stratégiques visant à démanteler les structures économiques et opérationnelles des réseaux criminels.
Le financement prévoit un milliard de reais issus directement du budget fédéral, complété par dix milliards sous forme de lignes de crédit destinées aux États, aux municipalités et au District fédéral pour l’acquisition d’équipements, de véhicules et de technologies avancées.
Concrètement, les autorités entendent renforcer la coordination entre forces de police et services de renseignement afin d’identifier et de tarir les flux financiers alimentant les organisations criminelles, dans un pays où 41% de la population déclare vivre dans des zones sous influence de ces groupes, selon un sondage réalisé par Datafolha et cité par Le Monde.
Quatre fronts d’action contre les réseaux criminels
Concernant le système pénitentiaire, 138 établissements devront adopter des normes de sécurité plus rigoureuses, afin de réduire la communication entre les détenus et l’extérieur. Ce volet est d’autant plus crucial que les deux principaux groupes criminels du pays – le Comando Vermelho et le Primeiro Comando da Capital – ont émergé en milieu carcéral.
Un autre axe porte sur le renforcement des enquêtes liées aux homicides, avec l’objectif d’améliorer les capacités d’expertise médico-légale. Le plan prévoit notamment le développement de bases de données ADN, le recours accru aux analyses balistiques et la modernisation des instituts médico-légaux, souvent sous-dotés face à l’ampleur des violences.
Enfin, un quatrième levier vise à intensifier la lutte contre le trafic d’armes, à travers le renforcement des opérations conjointes, l’amélioration des dispositifs de traçabilité et un contrôle accru aux frontières.
Tensions politiques et scepticisme des experts
« Bientôt, ils [les criminels] ne seront plus les maîtres d’aucun territoire ; le territoire sera rendu au peuple brésilien », a promis Lula lors de l’annonce de son plan au palais présidentiel.
Cependant, peu de gouverneurs se sont déplacés pour la cérémonie, alors même que leur adhésion au programme conditionne l’accès aux ressources fédérales. Une faible mobilisation qui traduit les tensions persistantes entre Brasilia et plusieurs États, où les exécutifs locaux jalousent leurs prérogatives en matière de sécurité publique.
L’annonce intervient à cinq mois de l’élection présidentielle, lors de laquelle le chef de l’État sollicitera un nouveau mandat, dans un contexte où l’insécurité figure parmi les principales préoccupations de 47% des Brésiliens, selon un sondage Ipsos publié le 27 avril.
L’opposition conservatrice, menée par Flavio Bolsonaro, fils aîné de l’ancien président Jair Bolsonaro (2019-2022), critique régulièrement le bilan de Lula sur ce sujet, le qualifiant de « brando » (trop indulgent) face à la criminalité.

