Musk contre OpenAI : derrière la guerre des ego, une tentative secrète de règlement à l’amiable
05/05/2026Deux jours avant l’ouverture du procès, le patron de xAI a discrètement pris contact avec le groupe d’IA qu’il accuse de trahison pour explorer une sortie négociée. Le refus opposé par ses dirigeants a transformé cette main tendue de dernière minute en nouvelle munition judiciaire, désormais brandie par OpenAI pour illustrer le double jeu de son accusateur.
Elon Musk est-il si sûr de son bon droit dans l’offensive judiciaire qu’il mène contre OpenAI et ses dirigeants ? La question mérite d’être posée à l’aune de ce nouveau développement dans ce procès aux multiples enjeux, ouvert le 28 avril devant un tribunal fédéral à Oakland, en Californie.
Selon des documents judiciaires rendus publics lundi 4 mai, au début de la deuxième semaine d’audience, le patron de Tesla et de SpaceX a envoyé un e-mail à Greg Brockman, président d’OpenAI, deux jours seulement avant l’ouverture des débats, pour sonder la possibilité d’un règlement à l’amiable.
En réponse, Brockman a suggéré que chacune des parties renonce à ses poursuites, une proposition qui a irrité son interlocuteur. « D’ici la fin de cette semaine, toi et Sam [Altman, le patron d’OpenAI] serez les hommes les plus détestés d’Amérique. Si tu insistes, qu’il en soit ainsi », lui a rétorqué Musk, dans un message qui tient davantage de l’ultimatum que de l’offre de paix.
D’une offre de paix à une menace voilée
Les avocats d’OpenAI ont tenté de faire verser ces échanges au dossier comme pièce à conviction, y voyant la démonstration d’un état d’esprit hostile et d’une personnalité vindicative, davantage mue par la volonté de nuire à un concurrent que par une préoccupation sincère pour l’intérêt général, comme l’affirme Musk. Le juge a rejeté la demande au motif que le dépôt était tardif et aurait dû intervenir lors du témoignage du milliardaire.
Quoi qu’il en soit, l’existence de ces messages dit beaucoup du caractère profondément personnel d’un bras de fer que les deux camps présentent comme un débat juridique sur la mission d’une organisation à but non lucratif. Elon Musk réclame la reconversion d’OpenAI en véritable structure non lucrative, ainsi que 150 milliards de dollars de dommages et intérêts. Il affirme avoir été trompé sur le devenir du projet au moment où il le finançait.
Cette deuxième semaine de procès s’est ouverte avec Greg Brockman à la barre. Cofondateur de l’organisation, il en est l’une des figures historiques, présent dès les premiers pas d’OpenAI aux côtés de Musk et d’Altman, lorsque l’initiative n’était encore qu’un pari sur l’avenir.
Brockman à la barre
C’est cette longévité que les avocats de Musk ont choisi d’exploiter pour construire leur récit. Pendant de longues heures, ils ont cherché à montrer que Brockman aurait progressivement infléchi la mission initiale de l’organisation pour servir ses propres intérêts.
Parmi les pièces produites figure une entrée de journal intime rédigée en 2017, deux ans après la création d’OpenAI, dans laquelle Brockman s’interroge : « Financièrement, que me faudra-t-il pour atteindre 1 milliard de dollars ? ». Cette confidence privée prend une autre dimension lorsque l’on apprend, comme les jurés l’ont découvert à l’audience, que sa participation dans OpenAI est aujourd’hui estimée à près de 30 milliards de dollars.
« Il vous faut 30 milliards pour vous lever le matin, mais 1 milliard ne suffisait pas ? », a cinglé l’avocat de Musk, reprenant ce chiffre comme leitmotiv pour illustrer ce qu’il présente comme un enrichissement démesuré. L’accusation a également passé au crible les liens financiers du président d’OpenAI avec des entreprises partenaires dans lesquelles il détenait aussi des intérêts.


