Au Japon, une maire enceinte bouscule les codes du pouvoir

Au Japon, une maire enceinte bouscule les codes du pouvoir

09/06/2026 0 Par La rédaction

En prenant 14 semaines de congé maternité, Shoko Kawata devient la première responsable publique japonaise à défier un système qui ne reconnaît pas encore ce droit aux élues.

Shoko Kawata sait décidément marquer l’histoire. Trois ans après être devenue la plus jeune femme maire du Japon, l’élue de 35 ans s’illustre à nouveau en pionnière en annonçant qu’elle prendra prochainement un congé de maternité.

La maire de Yawata, dans la préfecture de Kyoto, qui doit accoucher en septembre, a déclaré le 21 mai qu’elle s’accorderait 14 semaines d’arrêt — six semaines avant le terme et huit après la naissance — conformément à la législation japonaise sur le droit du travail.

Un acte qui, dans le contexte japonais, tient autant du courage personnel que du geste politique. Si la loi sur les normes du travail garantit 14 semaines de congé maternité aux salariées du secteur privé, cette protection ne s’applique pas aux responsables élus.

La Chambre des représentants a bien modifié son règlement intérieur en novembre dernier pour permettre aux parlementaires de bénéficier d’un tel congé, mais aucune disposition équivalente n’existe pour les maires ou les chefs de gouvernements locaux.

Un vide juridique révélateur

Pire : une élue qui s’absente pour accoucher est officiellement déclarée non pas en congé maternité, mais « absente pour accident ou circonstances imprévues ». Ce flou juridique montre à quel point le Japon n’avait, jusqu’ici, tout simplement pas envisagé qu’une femme puisse exercer de telles fonctions tout en étant enceinte.

« À travers cela, j’espère encourager non seulement les travailleurs, mais aussi les chefs d’entreprise et les dirigeants, ainsi que tous ceux impliqués dans divers types d’activités, à accepter ces événements de la vie, l’éducation des enfants et la maternité… tout en maintenant un bon équilibre avec leur travail », a déclaré Kawata, citée par CNN.

Face aux critiques arguant que l’absence d’une maire constituerait un gaspillage de l’argent public, l’élue a tenu à rassurer, en désignant le secrétaire général de la mairie et le maire adjoint pour assurer l’intérim.

Un pays rattrapé par ses contradictions

« En fait, elles m’ont dit d’y aller et de le prendre. Le personnel de l’administration ainsi que les citoyens m’ont dit sans hésiter que je devrais simplement faire une pause », a-t-elle affirmé.

Ce geste s’inscrit dans un débat national sur l’égalité femmes‑hommes et la crise démographique. Le Japon est confronté à une natalité en berne — 671 236 naissances de ressortissants japonais ont été enregistrées en 2025, nouveau plus bas marquant la dixième année consécutive de recul — aggravée par une culture du travail fondée sur de très longues journées et qui pousse encore trop souvent les femmes à sacrifier leur carrière pour élever leurs enfants.

Moins de 15 % des membres de la Chambre basse sont des femmes, à peine 80 femmes dirigent une municipalité sur l’ensemble du territoire, et l’écart salarial reste béant, les femmes ne percevant en moyenne que 75 % du salaire de leurs homologues masculins.