L’augmentation des gaz à effet de serre ne rendra pas (pour le moment) la Terre inhabitable

L’augmentation des gaz à effet de serre ne rendra pas (pour le moment) la Terre inhabitable

07/04/2021 0 Par Arnaud Lefebvre

Même avec toutes les émissions de carbone d’origine humaine actuelles, le dioxyde de carbone présent dans l’atmosphère est beaucoup moindre que celui de Vénus. Par ailleurs, la Terre est plus éloignée du Soleil que cette planète.

Toutefois, si les émissions de CO2 se poursuivent au rythme actuel, existe-t-il un risque d’aboutir à un point de basculement lors duquel un effet de serre incontrôlable prendrait le dessus, rendant la Terre inhabitable pour toute forme de vie ?

Effet de serre connu

Lorsque la lumière du Soleil pénètre l’atmosphère terrestre, une partie de celle-ci est renvoyée dans l’espace via les nuages. Une autre partie est réfléchie par des surfaces brillantes telles que la glace et la neige. Enfin, une dernière partie est absorbée par la surface terrestre et les océans.

Afin de maintenir l’équilibre, la Terre renvoie de l’énergie vers l’atmosphère sous forme de rayonnement infrarouge ou rayonnement thermique à ondes longues. Certains de ces rayonnements sont absorbés dans l’atmosphère par des gaz retenant la chaleur, tels que le dioxyde de carbone. Il s’agit du phénomène bien connu d’effet de serre.

Au cours des 250 dernières années, les concentrations de dioxyde de carbone ont augmenté. Cela a entrainé une augmentation de la température moyenne de surface.

Une des conséquences de l’augmentation des concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone est que, à mesure que l’atmosphère se réchauffe, elle peut contenir plus de vapeur d’eau. Étant donné que la vapeur d’eau est elle-même un gaz à effet de serre, cela peut créer un effet amplificateur.

En général, à mesure que la température de surface augmente, la Terre émet plus de rayonnement à ondes longues dans l’espace pour maintenir l’équilibre énergétique. Mais il y a une limite à la quantité de rayonnement à ondes longues qui peut être émise.

Si l’atmosphère est complètement saturée de vapeur d’eau, la surface de la Terre et la basse atmosphère se réchauffent, mais d’autres augmentations de l’émission de rayonnement à ondes longues ne sont pas possibles.

Emballement climatique

Ce phénomène, également dénommé « emballement de l’effet de serre », signifierait que la Terre deviendrait mortellement chaude et serait incapable de se refroidir en émettant de la chaleur dans l’espace.

Il s’agit en fin de compte du sort final de la Terre, explique Beth Daley, éditrice du média en ligne indépendant australien The Conversation. Dans des milliards d’années, le Soleil deviendra plus brillant et deviendra une géante rouge. Au fur et à mesure que la luminosité du Soleil augmente, la Terre deviendra plus chaude et les océans s’évaporeront.

Nous sommes ainsi condamnés, mais saufs pour des milliards d’années. En effet, l’atmosphère chaude et embuée fera en sorte que la Terre deviendra tout aussi inhabitable pour les formes de vie actuelles que Vénus ne l’est de nos jours.

« Mais pourrions-nous provoquer une telle situation sur une période plus courte à cause d’émissions continues de dioxyde de carbone ? », s’interroge Beth Daley.  La bonne nouvelle, c’est que non.

Saufs pour le moment

Selon des recherches antérieures, étant donné les différences de propriétés de la vapeur d’eau et du dioxyde de carbone en tant que gaz à effet de serre, l’ajout de dioxyde de carbone à l’atmosphère est probablement insuffisant pour déclencher un emballement climatique.

Le dioxyde de carbone atmosphérique est actuellement d’environ 416 parties par million (ppm), contre environ 280 ppm depuis le début de la première révolution industrielle, il y a environ 250 ans.

En termes géologiques, il s’agit d’une très forte augmentation qui se produit sur une courte période de temps. Pourtant, les émissions humaines de dioxyde de carbone sont considérées comme insuffisantes pour déclencher un emballement de l’effet de serre, compte tenu des réserves de combustibles fossiles disponibles.

La Terre devrait être à l’abri du développement de ce phénomène pendant au moins 1,5 milliard d’années supplémentaires.

Mise en garde

Toutefois, les modèles que les scientifiques utilisent pour étudier le climat futur sont construits sur la base de conditions passées et connues.

« Il est donc difficile de prévoir comment certaines parties du système climatique pourraient fonctionner dans des scénarios d’émissions de gaz à effet de serre extrêmement élevés », explique l’éditrice de The Conversation.

« Par exemple, les nuages ​​peuvent renvoyer la lumière du soleil dans l’espace ou emprisonner la chaleur émise par la Terre. Dans un monde qui se réchauffe, les scientifiques ne sont toujours pas certains du rôle que joueront les nuages. »

« Alors qu’un emballement climatique rendrait la Terre totalement inhabitable à la vie telle que nous la connaissons, les pertes qui peuvent découler de quelques degrés Celsius de réchauffement climatique sont graves et ne doivent pas être négligées. »

L’élévation du niveau de la mer, l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques extrêmes, les menaces pour les espèces en voie de disparition et les écosystèmes uniques ne sont que quelques-unes des nombreuses raisons pour lesquelles nous devons nous inquiéter.

« La lueur d’espoir est que nous n’avons (probablement) pas besoin de nous inquiéter du fait de devenir bientôt comme notre voisine Vénus », conclut Daley.