La Maison Blanche blanchit l’assaut du Capitole

La Maison Blanche blanchit l’assaut du Capitole

07/01/2026 0 Par La rédaction

À l’occasion du cinquième anniversaire de cet épisode funeste pour la démocratie américaine, l’administration Trump a choisi d’en atténuer la portée, allant jusqu’à présenter les émeutiers de « manifestants pacifiques injustement ciblés ».

Un exercice de manipulation des faits en mondovision, mené sans la moindre gêne, comme si ses auteurs évoluaient dans un univers parallèle. C’est ainsi que peut se lire l’initiative de la présidence américaine à l’occasion du cinquième anniversaire de l’assaut contre le Capitole, survenu le 6 janvier 2021.

À cet effet, la Maison Blanche a remanié son site officiel en y diffusant une version profondément révisée des événements, au cours desquels une foule de partisans du président sortant et défait Donald Trump a pris d’assaut le cœur battant de la démocratie américaine alors que le Congrès validait la victoire de son adversaire Joe Biden

Dans cette attaque qui fit sept morts, la nouvelle narration officielle rejette la responsabilité sur la police du Capitole, accusée d’avoir « provoqué » une foule prétendument pacifique en tirant des balles en caoutchouc et en utilisant des gaz lacrymogènes.

Une lecture qui contredit frontalement les nombreuses vidéos disponibles, montrant sans équivoque la brutalité de l’assaut et les violences subies par les forces de l’ordre.

Une « vérité officielle » qui inverse les rôles

Le texte dédouane entièrement Donald Trump, dont les messages répétés sur les réseaux sociaux avaient galvanisé les manifestants. « Soyez-y, ce sera sauvage ! », avait-il tweeté quelques heures avant l’attaque, rappelle le New York Times (NYT).

Le récit omet également le déclenchement minutieusement documenté des violences, décrit par le NYT : l’assaut contre les barrières métalliques du « Peace Circle », suivi de la ruée de milliers de manifestants vers le Capitole après leur chute.

Le document défie la logique démocratique en accusant les élus démocrates d’avoir bâti un « récit de gaslighting » autour d’une élection « frauduleuse », alors que la certification du scrutin de 2020 s’est déroulée sous supervision légale et judiciaire.

L’ancien vice-président Mike Pence y est dépeint comme un lâche ayant refusé d’user d’un prétendu pouvoir constitutionnel pour renvoyer les grands électeurs, présenté comme un « acte de sabotage », alors même que les tribunaux ont systématiquement rejeté les accusations de fraude émises par le camp Trump.

Police, morts, prisonniers : les omissions majeures du récit trumpiste

Le texte présente Ashley Babbitt, abattue alors qu’elle tentait de franchir une porte barricadée, comme une victime « assassinée de sang-froid » ne représentant aucun danger. Rien, en revanche, sur les quelque 140 policiers blessés — frappés, aspergés de gaz irritants ou électrocutés avec des tasers — ni sur les agents décédés dans les jours ou semaines qui ont suivi.

Les armes employées par les émeutiers — bombes lacrymogènes de fortune, sprays au poivre, matraques, bâtons de hockey, morceaux de mobilier, feux d’artifice et même un mât de drapeau — disparaissent du récit, comme si la scène n’avait été qu’une manifestation pacifique.

Cette relecture orchestrée par la Maison Blanche s’inscrit dans un climat politique profondément polarisé, ravivant les plaies d’un des épisodes les plus traumatisants de l’histoire américaine contemporaine.

Les démocrates dénoncent une tentative manifeste de réécriture historique, tandis que nombre de républicains se retrouvent dans une position délicate, tiraillés entre la loyauté partisane et la réalité des faits.