L’Allemagne veut produire du kérosène à base d’eau

L’Allemagne veut produire du kérosène à base d’eau

05/02/2020 Non Par Arnaud Lefebvre

Alors que le mouvement suédois “flygskam”, à savoir la “honte de voler” en avion, ne cesse de gagner des adeptes depuis l’année dernière, l’Allemagne a peut être trouvé une solution aux émissions de carbone de l’aviation. Celle-ci repose sur une version modernisée d’un carburéacteur synthétique perfectionné par la Luftwaffe, l’armée de l’air allemande durant la Seconde Guerre mondiale.

Grâce à cette technique, des scientifiques et chefs d’entreprise allemands cherchent à créer une version neutre en carbone du kérosène, c’est-à-dire du kérosène vert. Cette science se base sur des réactions chimiques développées par les nazis en 1925. Toutefois, au lieu de convertir le charbon et d’autres combustibles fossiles comme l’a fait la Luftwaffe, le kérosène vert est dérivé de l’eau et du carbone pris dans l’atmosphère.

Neutralité carbone

Le processus, qui nécessite d’énormes quantités d’électricité produite à partir de ressources renouvelables pour garantir la neutralité carbone, fracture l’eau en oxygène et hydrogène. Celui-ci est ensuite combiné avec du carbone tiré de l’air. En d’autres termes, le kérosène vert libère du carbone lorsqu’il est brûlé. Il est neutre en carbone car il recycle les gaz à effet de serre de l’air lors de sa création et n’exige pas que davantage de combustibles fossiles soient extraits du sol.

Supervisé par l’Université de Brême, le système allemand, que les États-Unis tentent d’imiter, vise à produire les carburants verts nécessaires à des secteurs de l’économie tels que l’aviation et le chauffage qui dépendent fortement des importations de pétrole.

Carburant non fossile

“Le carburant synthétique est la seule solution envisageable pour le futur que j’entrevois actuellement pour devenir vraiment neutre en carbone”, a déclaré en novembre dernier Carsten Spohr, le PDG de la compagnie aérienne allemande Lufthansa.

L’Allemagne souhaite fournir 5% de son carburant synthétique d’ici cinq ans. Le kérosène non fossile est fabriqué dans la raffinerie de pétrole Heide du groupe Klesch, près de la mer du Nord, en utilisant des énergies renouvelables fournies par des parcs éoliens locaux.

Carbon Engineering, une entreprise canadienne financée en partie par Bill Gates, produit de l’essence, du diesel et du kérosène non fossile depuis 2017, mais pas en volumes importants en raison des coûts, qui sont encore plusieurs fois supérieurs aux produits à base de pétrole.

Coûts élevés

Alors que la production d’électricité et l’agriculture représentent actuellement environ 2% de tous les gaz à effet de serre d’origine humaine, la hausse des émissions des transports aériens signifie que l’industrie, qui a été exemptée de l’accord de Paris sur le climat de 2015, deviendra le plus grand pollueur si les réductions dans d’autres secteurs se matérialisent, a indiqué l’ONU.

Pour l’heure, le gouvernement allemand développe une stratégie pour intensifier sa campagne “hydrogène vert” afin de produire des carburants synthétiques à des prix plus compétitifs.

Toutefois, selon une étude du groupe de recherche Transport & Environment, basé à Bruxelles, la conversion de tout le carburant aviation en kérosène non fossile à l’aide de la technologie actuellement disponible coûterait entre trois et six fois plus cher que le kérosène traditionnel. Sans tenir compte de la hausse des taxes sur les voyages en avion, cela entraînerait une augmentation des prix des billets pouvant atteindre 60%.

Pour le moment, la grande quantité d’électricité nécessaire à un processus d’électrolyse qui recycle essentiellement ce qui est déjà dans l’air est ce qui rend ces carburants relativement chers.

“Les gouvernements peuvent aider à compenser les dépenses supplémentaires grâce à des subventions, des modifications fiscales ou d’autres incitations. Par ailleurs, toutes les technologies dont vous avez besoin pour le kérosène non fossile sont actuellement déployées dans d’autres domaines, il s’agit donc simplement de les rendre pratiques et économiques”, a déclaré Ulf Neuling, chimiste de l’Université de technologie de Hambourg.