Changement climatique : l’homme ne peut déjà plus survivre à certains endroits dans le monde

Changement climatique : l’homme ne peut déjà plus survivre à certains endroits dans le monde

20/05/2020 Non Par Arnaud Lefebvre

En divers lieux du monde, il fait déjà trop chaud et humide pour que l’homme puisse survivre, rapporte The Verge qui cite une nouvelle étude publiée récemment dans la revue Science Advances.

Cette étude a découvert que des conditions climatiques extrêmes se produisaient plus souvent que les scientifiques ne l’envisageaient. Le fait est qu’une combinaison de chaleur et d’humidité si extrêmes n’est pas seulement un problème pour le futur. En effet, ces conditions sont déjà là.

Point de basculement plus proche

Des relevés de températures jadis considérés comme presque inexistants sur la planète ont de nos jours fait leur apparition dans le monde entier. Par ailleurs, les températures inflexibles sont devenues de plus en plus courantes.

Des conditions extrêmes avec des températures allant jusqu’à 46 degrés Celsius ont doublé entre 1979 et 2017, indique l’étude. L’humidité et la chaleur constituent une combinaison mortelle pour l’être humain car l’humidité perturbe la capacité du corps à se refroidir grâce à la transpiration. Les résultats de cette étude montrent que les conditions extrêmes que les scientifiques prévoyaient comme un résultat imminent du changement climatique deviennent une réalité plus tôt prévu.

“Nous sommes peut-être plus proches d’un point de basculement que nous le pensions”, a déclaré Radley Horton, scientifique du Département des sciences de la Terre et de l’Environnement de la Columbia University, un des auteurs de l’étude. Auparavant, ce scientifique avait réalisé des recherches qui montraient que le monde ne connaîtrait pas des niveaux de chaleur et d’humidité au-delà de la tolérance humaine pendant des décennies.

Bulbe humide

Plusieurs études antérieures ont déjà expliqué que des périodes de chaleur plus intenses et plus fréquentes sont l’un des symptômes du changement climatique. Toutefois, la plupart de ces travaux se basaient sur des lectures qui examinaient les moyennes sur une large zone et sur une longue période de temps. Au lieu de cela, l’étude d’Horton et de son équipe a examiné de près les données horaires de 7.877 stations météorologiques dans le monde. Pour cela, ils ont eu recours à l’échelle centigrade “bulbe humide”, qui mesure d’autres facteurs tels que la vitesse du vent et le rayonnement solaire en plus de la chaleur et de l’humidité.

De cette manière, les scientifiques ont trouvé plus de mille lectures de chaleur et d’humidité intenses, atteignant des lectures de bulbe humide de 31 degrés Celsius, lectures qui étaient auparavant considérées comme extrêmement rares. Le long du golfe Persique, ils ont découvert plus d’une douzaine de lectures au-dessus de ce que l’on pense être la limite de tolérance humaine de 35 degrés Celsius sur l’échelle de bulbe humide. Il s’agit de la lecture de bulbe humide la plus élevée jamais documentée par la littérature scientifique. En 2015, la ville de Bandar Mahshahr en Iran a connu une lecture de bulbe humide d’un peu moins de 35 degrés Celsius.

Des températures de bulbe humide de 35 degrés Celsius ou plus sont trop élevées pour que même des humains en bonne santé survivent à l’extérieur pendant plus de six heures. Par ailleurs, des températures de bulbe humide beaucoup plus basses que cela peuvent toujours causer des problèmes pour la santé humaine. Les vagues de chaleur mortelles européennes et russes de 2003 et 2010 ont respectivement vu des températures de bulbe humide de seulement 28 degrés Celsius.

Ce type d’événements est tout simplement un scénario que les modèles climatiques n’envisageaient pas avant le milieu du siècle.

Plusieurs endroits du monde

Les lectures les plus élevées ont été enregistrées 14 fois le long du golfe Persique, y compris à Doha, au Qatar, où la Coupe du monde de football de 2022 devrait avoir lieu. Des températures élevées de bulbe humide ont également été recensées plusieurs fois en Inde, au Bangladesh, au Pakistan, dans le nord-ouest de l’Australie, sur la côte de la mer Rouge et dans le golfe de Californie au Mexique. Cette région a connu des dizaines de cas de conditions atteignant des niveaux qui ne devraient pas se produire avant des décennies, ont expliqué les chercheurs. Même si ces conditions extrêmes n’ont duré que quelques heures dans de petites zones, ces épisodes deviennent de plus en plus fréquents et plus intenses.

Selon les scientifiques, les études futures devraient adopter une approche similaire pour mieux comprendre les conséquences du changement climatique au sein de communautés qui subiront la crise avant le reste du monde.

“Si vous zoomez, vous voyez des choses que vous ne voyez pas à une échelle plus grande”, a expliqué Colin Raymond, un des auteurs de l’étude et chercheur postdoctoral au Jet Propulsion Laboratory de la NASA. “À une échelle plus petite, c’est plus intense.”

Selon Raymond, l’une des limites de leur étude est qu’il existe des endroits à travers le monde qui manquent simplement de stations météorologiques. Par conséquent, ce que lui et ses collègues ont pu documenter pourrait se produire à une échelle encore plus large. Il n’y a tout simplement pas encore d’outils en place pour effectuer ces mesures partout.

Des milliards de personnes dans des zones trop chaudes pour les humains d’ici 2070

Dans 50 ans, entre 1 et 3 milliards de personnes pourraient vivre dans des zones avec des températures si élevées qu’elles se trouvent en dehors de l’échelle climatique dans laquelle les humains ont pu prospérer, a révélé une autre étude, rapportée par CNN.

Pendant des milliers d’années, les humains ont vécu dans une « niche climatique » étroite où les températures moyennes sont idéales pour que la société prospère et où les conditions sont propices à la culture des aliments et à l’élevage.

Cependant, en début de mois, une étude, publiée dans The Proceedings of the National Academy of Sciences, a montré que si les émissions de gaz à effet de serre piégeant la chaleur continuent au rythme actuel, d’ici 2070, des milliards de personnes vivront dans des conditions plus chaudes que celles qui ont permis à la vie de prospérer au cours des 6.000 dernières années.

Pour chaque degré Celsius de réchauffement, 1 milliard de personnes devront migrer vers des régions plus fraîches ou s’adapter à des conditions de chaleur extrêmes.

La Terre devrait se réchauffer de 3 degrés Celsius d’ici 2100. L’étude suggère que, étant donné que les zones terrestres se réchauffent plus rapidement que les océans, les températures subies par les humains devraient augmenter d’environ 7,5 degrés Celsius d’ici 2070.

Cela pourrait avoir de graves conséquences sur la production alimentaire et l’accès à l’eau. Par ailleurs, cela devrait entraîner des conflits et des migrations de populations.

Les zones de chaleur extrême se développeront

Parmi les endroits les plus chauds de la Terre se trouve la région du Sahara en Afrique avec des températures moyennes annuelles supérieures à 29 degrés Celsius. Ces conditions extrêmes concernent actuellement 0,8% de la superficie terrestre.

Cependant, selon les chercheurs, ces zones de chaleur extrême devraient se propager à 19% de la surface de la Terre, affectant 3,5 milliards de personnes d’ici 2070. Les régions qui risquent d’être touchées comprennent des régions d’Afrique subsaharienne, d’Amérique du Sud, de l’Inde, d’Asie du Sud-Est, de la péninsule arabique et d’Australie.

“Ces pays se trouvent principalement dans le sud du monde, avec le taux de croissance démographique le plus rapide, comme l’Inde et le Nigéria. Ces deux pays devraient accueillir les populations les plus importantes dans des conditions de température extrêmes”, a déclaré Chi Xu, de la School of Life Sciences de l’Université de Nanjing et co-auteur du rapport.

Toutefois, il reste un espoir.

Les scientifiques ont déclaré qu’en réduisant rapidement et substantiellement les émissions mondiales de carbone, le nombre de personnes exposées à des conditions de chaleur extrêmes pourrait être divisé par deux.

Les auteurs expliquent qu’il existe un certain nombre d’incertitudes sur la manière dont la crise climatique va alimenter les déplacements et dans quelle mesure. Selon eux, l’étude ne peut pas être utilisée comme une prévision de la migration.

Les chiffres sont également basés sur les projections du pire des scénarios. En outre, des interrogations subsistent sur la façon dont les mesures d’atténuation contre le changement climatique, y compris “les développements politiques, les changements institutionnels et les conditions socio-économiques” peuvent affecter ces résultats.

“Le pire des scénarios peut être largement évité si une réduction efficace des émissions de gaz à effet de serre a lieu”, a déclaré Chi. “De nombreuses mesures efficaces d’atténuation du changement climatique et d’adaptation locale aideraient à atténuer l’influence négative du changement climatique sur les sociétés humaines.”